Sacré Charlemagne !

Article rédigé par Carmen Lonfat pour L’auditoire, journal des étudiants de l’Université de Lausanne, en octobre 2019.

L’article suivant touchant au domaine de l’Education et étant particulièrement en lien avec les réflexions d’AutreSens, nous souhaitons vous faire profiter de ce contenu des plus intéressants:

« Chaque pays développe un type de scolarisation qui reflète bien souvent ses valeurs dominantes. Les écoles nordiques se retrouvent de façon récurrente au sommet des classements sur les performances des systèmes scolaires. Mais quelles sont les caractéristiques d’une telle réussite et comment pourrions-nous les transposer à nos établissements scolaires ?

La formation des enfants et des jeunes adultes se retrouve souvent au cœur des débats politiques. De multiples questions reviennent fréquemment sur le devant de la scène, surtout en période de rentrée scolaire; faut-il réduire les effectifs, les enseignant·e·s sont-il·elle·s assez bien formé·e·s, qu’en est-il de leur salaire ? Il est légitime de se préoccuper de nos systèmes éducatifs car la part du PIB consacrée à l’éducation nationale est souvent très élevée – environ 6% en Europe, ce qui se traduit en une cinquantaine de milliards d’euros dans le cas de la France. Malgré ces fréquentes remises en question et l’argent massivement investi, nos systèmes scolaires sont loin d’être parfaits; ils reproduisent les inégalités sociales au lieu de les effacer – sous couvert d’un discours méritocratique constamment mobilisé. Les statistiques sont alarmantes. D’après les chiffres de l’économiste français Camille Peugny, sept enfants d’ouvrier·ère·s sur dix demeurent cantonnés à des emplois d’exécution alors que 70% des enfants de cadres exercent une profession dans l’encadrement après leurs études.

Particularités nordiques et scandinaves

Néanmoins, dans cette chasse aux inégalités, certains pays s’en sortent mieux que d’autres. Les pays scandinaves(Danemark, Norvège et Suède) ou nordiques (Finlande et Islande) sont reconnus pour promouvoir la mobilité sociale et l’égalité des sexes. Selon Nadia Spang Bovey, enseignante à l’Université de Lausanne au sein de la section des sciences du langage et de l’information, «les systèmes scolaires sont très différents d’un pays à l’autre, et il me semble qu’ils reflètent assez fortement les valeurs et les représentations sociales dominantes».

L’égalité placée au centre de ces sociétés se traduit alors dans un système éducatif plus juste. Effectivement, la Finlande est toujours dans les premières de classe selon les résultats du Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves (PISA), publiés tous les trois ans. Par exemple en 2015, parmi les membres de l’OCDE, la Finlande se positionnait en 7ième place pour les mathématiques et en 2ième place pour les sciences et la lecture. En comparaison, la Suisse se situait respectivement aux 3ième, 12ième et 22ième places.

Les quatre piliers fondateurs

L’excellence de l’enseignement finlandais se caractérise par au moins quatre spécificités. Le premier pilier d’une bonne éducation serait l’égalité d’accès à l’école; en effet malgré des origines sociales différentes, chaque enfant se voit offrir les mêmes possibilités d’apprentissage. La Finlande souhaite préparer l’ensemble des futur·e·s citoyen·ne·s, et non pas une étroite élite. C’est pourquoi l’école publique et les repas sont gratuits, les transports sont en partie payé par l’Etat, mais c’est surtout le soutien académique individualisé qui favorise la réussite de tous. Par conséquent, chaque élève reçoit dès la primaire la possibilité d’obtenir gratuitement ce soutien afin d’éviter le cumul de lacunes, qui engendrerait un probable échec scolaire. Madame Spang Bovey affirme à ce propos que c’est «un système scolaire qui met beaucoup l’accent sur le bien-être des élèves, comme c’est le cas d’autres structures sociales dans ces pays». Troisièmement, les enseignant·e·ssont hautement qualifiés, leur métier est tout aussi prestigieux que celui d’avocat·e ou de médecin. Leur formation est donc exigeante et ce sont les meilleur·e·s étudiant·e·s qui deviennent professeur·e. Conséquemment, l’enseignement dispensé est excellent et les élèves réussissent tout simplement mieux leurs études. Le quatrième pilier concerne la gestion du système éducatif, qui est partagée entre les autorités nationales, les instances municipales et les établissements scolaires. Cette décentralisation favorise alors la discussion et la prise de décision des comités locaux, au plus proche des particularités territoriales.

Un lycée humaniste et écologiste en France

C’est dans cette logique égalitaire et humaniste que le lycée Darwin à Bordeaux en France a ouvert ses portes en 2016. Les lycéen·ne·s suivent des cours classiques mais aussi des ateliers interdisciplinaires, l’intelligence collective et l’entre-apprentissage sont au centre de cette pédagogie innovante. Les élèves sont également sensibilisés à l’écologie et à la permaculture. En effet, l’environnement occupe une grandeplace dans l’enseignement dispensé car c’est une préoccupation majeure pour cette génération qui voit le déclin de notre planète. L’enseignante Spang Bovey est elle-même «convaincue qu’un apprentissage en situation authentique ou quasi-authentique permet aux étudiant·e·sd’ancrer leurs connaissances, de devenir capable de les mobiliser de manière créative et d’être sensibilisé·e·s à l’impact de leur action sur le monde». De plus chaque matins et soirs, les élèves et les enseignant·e·s se retrouvent en toute simplicité sur des canapés pour discuter des points positifs et négatifs de leurs journées. Tout comme dans le système finlandais, l’individu est pris en compte dans toute sa complexité et sa différence.

Une solution d’avenir ?

Finalement, ne suffirait-il pas de redonner une vraie valeur à la singularité individuelle de chacun ? En pratique, il faudrait s’inspirer de l’expérience finlandaise et des diverses expérimentations européennes – qui restent malheureusement encore en marge car ce sont souvent des écoles privées aux places rares et chères. Ainsi, en remplaçant la concurrence abusive des établissements et des élèves par une vision humaniste et égalitaire de la société, le système scolaire et les citoyen·ne·s se porteraient certainement bien mieux. »

Carmen Lonfat

Lien

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Sources

Source de l’article:

Lonfat, Carmen, « Sacré Charlemagne ! », in L’auditoire, n°252, octobre 2019, p. 16.

Source du logo de L’auditoire:

Journal – L’auditoire [en ligne]. Consulté le 8 octobre 2019. Disponible à l’adresse : https://lauditoire.ch/.